Questions en vrac concernant les asymptomatiques

15 avril 2020
Annie Labrecque, Québec Science

Portrait of adult male holding a thermometer

Nous avons reçu plusieurs questions concernant les personnes asymptomatiques. Celles-ci sont infectées par le virus, mais ne présentent pas de symptômes de la maladie.

Lors de l’infection au virus SRAS-CoV-2, une proportion encore inconnue de gens infectés sont asymptomatiques – il s’agit de potentiels propagateurs silencieux de la maladie qui ne développeront jamais de symptômes.

On peut ajouter à ce nombre les personnes présymptomatiques, qui sont infectées mais dont les symptômes apparaîtront quelques jours plus tard (entre 2 et 14 jours en moyenne). « À ce stade, le virus peut être en train de se reproduire », indique le médecin Donald C. Vinh, directeur du programme en maladies infectieuses et immunité en santé mondiale au Centre universitaire de santé McGill (CUSM). « Lorsque la multiplication atteint un certain seuil, la personne développe des symptômes qui peuvent être très variables », ajoute-t-il.

Q : « Ma fille de bientôt 13 ans me demandait : est-ce qu’une personne uniquement porteuse du virus (donc asymptomatique) peut « ravoir/rattraper » la COVID-19 puisqu’elle n’a jamais développé la maladie? Je me questionne aussi sur le temps qu’une personne porteuse aura le virus dans son système? », demande Joëlle Fournier, de Montréal.

R : Pour la première partie de la question, le médecin Donald C. Vinh du CUSM souligne qu’il est difficile de répondre en ce moment en raison du manque de données. « Si ce virus se comporte comme les autres coronavirus connus, la mémoire immunitaire empêcherait d’être infecté à nouveau par le même virus », dit-il. On ne connait toutefois pas la durée de protection conférée par une première infection.

« Il y a eu un rapport suggérant qu’il était possible d’attraper à nouveau la maladie, mais il été fortement critiqué par la communauté médicale et scientifique », énonce-t-il. On mentionnait dans cette étude que certaines personnes déclarées guéries de la COVID-19 avaient ensuite été infectées à nouveau. Les premiers tests auraient-ils pu donner des résultats faussement négatifs? Quoi qu’il en soit, il faut faire preuve de prudence devant ces cas, qui sont encore peu nombreux.

Une autre possibilité selon une préétude (qui n’a pas encore été révisée par les pairs) montre que certains patients, même s’ils ont guéri de la maladie, ne développent pas assez d’anticorps pour contrecarrer une deuxième infection.

Il reste donc encore beaucoup de recherches à réaliser avant d’avoir un portrait clair sur l’immunité liée à l’exposition à ce virus.

Concernant la durée pendant laquelle une personne est contagieuse, encore là, selon Donald C. Vinh, il n’y a pas suffisamment de données pour y répondre. « Pour le déterminer véritablement, il faudrait le vérifier auprès de volontaires à qui on administrerait le virus et que l’on suivrait de très près en procédant à des tests immunologiques pour obtenir le temps de contagion. C’est impossible de le faire dans un contexte de pandémie », indique-t-il.

Une étude publiée début avril dans Gastroenterology démontre que le virus a été détecté dans les selles de patients jusqu’à 33 jours après le début de l’infection, même lorsque les échantillons prélevés dans les voies respiratoires étaient négatifs. D’autres chercheurs, qui ont publié leur étude dans American Thoracic Society, ont observé la persistance du virus dans la gorge jusqu’à 8 jours après la disparition des symptômes.

Q : « J’ai récemment lu que certaines personnes pourraient être porteuses du virus sans éprouver de symptômes. Dans ce cas, comment sauront-elles qu’elles l’ont? Comment peuvent-elles s’en débarrasser? », se questionne Jean Desjardins, de l’Outaouais.

R : La seule façon de savoir si on a été infecté par le virus sans en ressentir des symptômes est d’effectuer un test de dépistage pour révéler la présence d’anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2 dans le sang. C’est ce qu’on appelle le test sérologique.

Plusieurs études à travers le monde sont sur le point de commencer afin de dresser un portrait réel de l’infection et essayer de déterminer le nombre de cas asymptomatiques dans la population.

Ici, il y a entre autres le projet DECOPA, une collaboration entre l’Université du Québec à Trois-Rivières, le cégep de Trois-Rivières et le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec (MCQ). Ce projet a été mis sur pied pour étudier la transmission parmi les employés de l’université et vise à recruter entre 350 et 400 participants qui sont asymptomatiques au moment du dépistage. En conférence de presse pour expliquer le projet, Alexis Danylo, médecin microbiologiste-infectiologue au CIUSSS MCQ, mentionnait l’intérêt de cette recherche pour identifier des porteurs asymptomatiques du virus dans le contexte où des mesures de distanciation sociale et de confinement ont été mises en place rapidement. Les données sur ces cas asymptomatiques seront ensuite transmises au Laboratoire de la santé publique du Québec.

En Europe, dans le petit pays du Luxembourg, qui a une population de 600 000 personnes, l’étude nommée CON-VINCE s’amorce également sur 1500 personnes. Pour découvrir les asymptomatiques dans ce groupe, deux tests seront effectués: le premier avec prélèvement nasal (ce que l’on fait en ce moment pour déterminer si une personne a la COVID-19 ou non); le deuxième pour rechercher les anticorps contre le SRAS-CoV-2.

Rejko Krüger, le chercheur responsable de l’étude, estime qu’il « n’y a pas actuellement de données exhaustives sur l’épidémiologie et les dynamiques de la maladie. L’étude CON-VINCE vise à combler cette lacune », explique-t-il. « Honnêtement, je ne sais pas la proportion de gens asymptomatiques que nous trouverons. Cela pourrait varier entre 7 % et 90 % d’asymptomatiques selon l’échantillon étudié », ajoute-t-il.

Questionné à propos de l’Islande qui réalise actuellement beaucoup de dépistages, le chercheur Rejko Krüger n’est pas surpris du nombre élevé de personnes asymptomatiques dans ce pays. « Cette statistique reste à être identifiée de notre côté et peut être différente d’une population à l’autre. L’Islande est une île. En Europe, les gens peuvent voyager d’un pays à l’autre [ndlr: avant la période de confinement]. Nous le saurons véritablement avec les résultats de notre étude. »

À grande échelle, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) lancera bientôt une étude séro-épidémiologique, Solidarity II, avec la contribution de plusieurs pays dont l’objectif est de notamment « recueillir et partager rapidement des données sur les modes de transmission, la gravité, les caractéristiques cliniques ainsi que les facteurs de risque d’infection », rapporte une porte-parole de l’OMS.

Q : « Est-ce qu’il y a des gens asymptomatiques qui ont passé un test de la COVID-19 dont le résultat a été positif? », demande Maryse Garand, de Sherbrooke

R : Jusqu’à présent, la très grande majorité des tests diagnostiques de la COVID-19 sont réalisés chez des personnes qui ont des symptômes (toux, fièvre, essoufflement, etc.) Difficile, donc, pour les personnes sans symptômes d’avoir accès à ces tests. Il y a eu ce cas d’une famille ayant réussi à avoir accès au test – qui s’est révélé positif – et qui présentait très peu de symptômes.

Comme mentionné à la question précédente, des études s’amorcent pour évaluer le nombre de personnes ayant contracté la COVID-19 sans le savoir.

Q : « Peut-on être un porteur sain et ne pas transmettre le virus? Et pour déterminer si l’on est un porteur sain doit-on prendre une prise de sang pour vérifier si l’on a les anticorps? », demande Sylvain Madran, de Québec

R: D’après Donald C. Vinh, médecin au CUSM, on peut être asymptomatique et ne pas transmettre le virus. « Des gens peuvent être infectés sans aucun symptôme et ne seront pas contagieux, car leur système immunitaire est capable de contrôler ou d’éliminer l’infection ».

Encore là, il faut être prudent, car il y a très peu de données à ce sujet. « Il y a eu des cas asymptomatiques chez qui on a mesuré les charges virales dans les sécrétions nasales et celles-ci étaient aussi grandes que chez les personnes malades. Mais ce sont aussi des études préliminaires avec un petit échantillon de malades. On serait en mesure de mieux comprendre avec une plus large population », nuance le médecin.

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